mardi 30 décembre 2008

Gauche, droite, gauche, droite! Et si on réfléchissait?

La stigmatisation des partis politiques est un phénomène récent au Québec. Cela donne lieu à des tendances de manipulation des idées au gré des sondages politiques et des idéologies selon les médias.

Il y a une dizaine d'années au Québec et il me semble, dans le reste du Canada, on ne parlait pas de politique en terme de gauche et de droite, mais en terme d'idées, de projet social pour certains partis politiques, ou de programme de parti pour d'autres. Mais voilà qu'au tournant du troisième millénaire, nos médias se sont mis progressivement à stigmatiser ou vider le discours ou le débat en étiquettant les partis; tel est de gauche, tel est de droite, tel est de centre-droite, etc. Comme disait l'autre, «Y'en a marre, à la fin!». C'est quoi cette muselière pseudo-démocratique? Les médias se sont-ils arrangés pour que le peuple n'ait plus à réfléchir. Tel parti est marqué de droite? Alors «banissez-le!».

Mais au fait, de quelle droite ou gauche parle-t-on en tel cas; est-ce la droite morale, la droite économique ou la droite idéologique raciste?

Cette approche de marquage idéologique soulève de sérieuses questions éthiques en matière d'information, si l'on réfère à quelques problématiques particulières. Il faut avoir vécu la transition ou le changement de paradigme (système, équilibre, ordre) de l'information pour comprendre.


  • L'environnement (la Terre, l'eau et les droits sur l'eau, l'agriculture, l'exploitation des ressources naturelles non renouvelables ou renouvelables) c'est de droite ou de gauche?
  • La justice (protection du citoyen, combattre le crime, accès au droit pour tous), c'est de droite ou de gauche
  • L'équipe de hockey le Canadien de Montréal, c'est de droite ou de gauche? Bon, je sais, il y a les joueurs d'avant de centre, de gauche et de droite... prenons plutôt un autre exemple; le sport ou la culture, c'est de droite ou de gauche? 
  • L'économie, c'est de droite ou de gauche? L'un peut très bien par exemple suivre à partir d'un vol intercontinental, ses actions de la bourse aux profils de «montagnes russes», et participer ainsi activement au capitalisme et au libre marché, mais avoir une conscience sociale et être prêt à ce que les démunis soient soutenus. Deux capitalistes prospères peuvent être en complet désaccord sur les valeurs morales (capitalisme qui suit des règles versus capitalisme dément qui spécule sur les aliments et autres richesses et exploite les petits producteurs).
  • La sécurité civile et le secours en cas de crise (ouragan, tsunami, inondation, épidémies); c'est de droite ou de gauche?
  • La souveraineté d'un peuple ou son adhésion permanente à une nation plus grande; c'est de droite ou de gauche? Bon, dans notre cas on est à droite du Canada sur une carte géographique, mais pour un « alien » en apesanteur qui arrive de l'Arctique, on est peut-être à gauche.
  • La famille et les relations humaines et inter-ethnies, c'est de droite ou de gauche?
  • Le soutien de nos aînés (et gens de grand âge) c'est de droite ou de gauche?
  • La spiritualité, la foi et la religion, c'est de droite ou de gauche? J'ai même entendu un jeune homme de tendance communiste dire que Jésus serait capitaliste, parce que la Bible dit qu'il est à la droite du Père. Ce n'est pas une farce, c'était son décodage digne du Da Vinci Code, mais 20 ans avant le film! 
Tout ce vocabulaire (gauche, droite, centre) ne sert qu'à une chose: VOUS empêcher de réfléchir. Au lieu d'évaluer des idées et des réalisations, on VOUS conduit, sciemment ou involontairement, selon un classement arbitraire et idéologique que les médias brandissent au besoin, quand les sondages donnent avantage à un parti qui monte, mais dont les valeurs sont non grata pour le média qui parle. C'est fou ce qu'on peut découvrir sur l'idéologie d'un média et ce genre de manipulation, en «zappant» d'un réseau de TV à l'autre en temps de campagne (course) politique. Les mêmes nouvelles se voient attribuées des lectures diamétralement opposées, suivant le média consulté.

La stigmatisation politique des partis constitue en quelque sorte une forme pernicieuse de désinformation. Pernicieuse parce que difficile à déceler. La stigmatisation se donne des allures de vulgarisation de sujets complexes.

Plutôt inquiétant, quand on sait que nos médias sont porteurs d'idéologies ou valeurs (sociales, économiques, spirituelles versus a-spirituelles) qui leur sont propres. Je suis de valeurs plutôt conservatrices, mais je ne suis pas lié à un parti politique canadien ou québécois. Je serais prêt à voter pour un parti non étiqueté comme le plus conservateur, quand le parti dit le plus conservateur a des tendances trop proches des grandes entreprises qui font d'énormes profits et des banques. En attendant, vous voulez mon avis? Donnez une gauche et une droite à ces médias qui abusent de leur influence et qui prennent votre cerveau pour une cage à souris de laboratoire. Pensée du jour: Le pouvoir est à celui ou celle qui a la télécommande de la TV.

Comment je vois le Québec de demain?

Mises à jour : 2013-01-12 | 2013-08-23
Je vois le Québec de demain 

  • Adulte et assumant sa diversité dans le respect. Je vois des leaders qui ne retirent pas les droits et libertés de tous pour quelques uns qui en abusent.
  • Je le vois avec des médias qui cessent d'empêcher le peuple de réfléchir en jouant le rôle du nouveau clergé d'État et décidant de ce qui doit être dit ou non, ou manipulant pernicieusement les termes de "droite" et "gauche" pour empêcher l'examen des idées et la réflexion. Je le vois moins moutonnier derrière ses médias.
  • Je le vois utilisant son gros bon sens, dont il est capable, dans l'évaluation de ses besoins, de ses capacités réelles, ou de ses solutions adaptées à son contexte. Je le vois autonome et clairvoyant pour éviter les contraintes des dogmes économiques qui ont toujours montré leurs contradictions et leurs limites (social démocratie à la mode québécoise incluse). 
  • Il est novateur et l'on s'en inspire. 
  • Je le vois humain. Dans son agriculture, il ne ruine pas ses eaux et sa terre, pour vendre à perte, à l'autre bout du monde. Dans la gestion de ses entreprises, il reconnaît la valeur de l'homme, dans une économie au service de l'homme. Il s'affranchit du capitalisme radical, qui ose manipuler les bourses pour faire monter le prix du pain et des autres nécessités.
  • Il demeure propriétaire de son territoire. S'il peut vendre une entreprise à l'étranger, il demeure propriétaire de son sol et de ses ressources. Il vend a l'étranger les opérations mais non la propriété du terrain. Ainsi, il n'y aura pas d'enclaves étrangères dans le pays qui détourneront nos ressources pour alimenter des puissances mondiales.
  • Je le vois paternel et maternel; responsable, avec ses enfants et sa jeunesse, les protégeant et se souciant de ce dont ils nourrissent leurs esprits et leurs intelligences. Il laisse le temps aux enfants de venir au monde et de jouer; de connaître leurs parents. Il gère sagement et ne s'endette pas pour se payer du luxe. Ses programmes sont adaptés à sa capacité. Il encourage l'effort, plutôt que la passivité.
  • Je le vois affranchi des étiquettes politiques de droite, de gauche ou de centre. Il les a remplacées par un projet de société. Il sait que les vrais enjeux et problématiques ne suivent pas ces étiquettes, à moins de se "peinturer" dans un coin. Il a appris, qu'on peut avoir deux yeux, deux jambes et deux bras, sans devoir choisir entre sa gauche et sa droite. Les enjeux, les problématiques et les solutions ne sont jamais toutes totalement de gauche ni totalement de droite. Seules les courtes visions le sont. Ces étiquettes vides y ont été remplacées par l'équité, la justice, la générosité, la créativité qui dépasse nos frontières, une gestion sage (1). 
  • Je le vois respectant, et supportant ses aînés, qui ont bâti ses routes, ses villes et villages, ses fermes, ses barrages, ses écoles, ses hôpitaux... Il prend le temps d'écouter ce qu'ils ont à dire. Il les intègre dans la vie active de la société. 
  • Je le vois dans la liberté de conscience et de religion; un lieu où l'on n'évacuera pas la foi de l'espace publique, mais plutôt où il sera permis d'échanger dans le respect. Un lieu où l'immigrant fuyant la répression, saura qu'il peut pratiquer et exercer sa foi, à condition de ne pas interdire celle de l'autre et sans l'y contraindre contre son gré. 
  • Je le vois avec un rétablissement de l'équilibre entre les droits "individualistes" et les droits protégeant la communauté.

LIRE AUSSI: 

Canada : de "provinces" à États. Et si c'était notre avenir...

http://yapasdpresse.blogspot.ca/2010/11/canada-de-federation-provinces-etats-et.html

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1.  Exemples d'enjeux et problématiques qui nécessitent une approche qui transcende la polarisation droite-gauche: accès à la justice dans un délai acceptable pour tous, lutte à la pauvreté et maintien en emploi, prospérité, droit des travailleurs et droit d'association et d'arbitrage, santé et sécurité civile, environnement, éducation, noyau familial et relations humaines, etc.. Par exemple, je peux être pour le libre marché (droite) avec certaines règles de protection des travailleurs (gauche) et de l'économie nationale tout en étant pour les programmes sociaux pour les pauvres (gauche), mais en responsabilisant les individuset en soutenant l'effort plutôt que l'oisiveté (droite). Et ainsi de suite. 

Pente glissante : gardons nos souliers

On se demande pourquoi le journaliste irakien qui a lancé ses souliers en direction du président Bush ne l'a pas fait quelques années avant la guerre d'Irak en direction du président Saddam Hussein. L'histoire ne le dit pas, mais la réponse est évidente. Journaliste ou non à cette époque, il aurait fini en compost. Faut-il voir un embryon de liberté d'expression, du simple fait que les autorités se demandent ce qu'elles vont faire de ce cas? Auparavant, la question ne se posait même pas. Ce président auto-proclamé a fait exécuter plusieurs politiciens en désaccord avec lui. En pleine assemblée et fumant le cigare, il interpellait des personnes non approuvées de son régime. Ces individus étaient alors dirigées à l'abattoir, au milieu des supplications et cris de détresse. Voilà une vérité non négligeable dont je n'ai eu connaissance que par un réseau américain diffusant le document filmé. Voilà, pour ne nommer que cette "anecdote" diffusée dans tout le monde arabe lors de son accession à la présidence de la République d'Irak.


Dans le journal Le Soleil du dimanche 21 décembre 2008, on pouvait voir le nouveau député québécois Amir Khadir, en page 1, brandissant, en imitation du premier, un soulier en guise de protestation anti-américaine. Les chaussures lancées le furent en direction d'une photographie du président américain sortant

(Le Soleil, 21 décembre 2008, p. 6), mais l'acte est tout aussi fort que la première agression. Il en est une approbation et une invitation à faire de même.


Il y a une tendance inquiétante dans la médiatisation que tentent de récupérer certains mouvements comme ce premier candidat du parti Québec Solidaire élu à l'Assemblée nationale en fin d'année 2008. Nous avons déjà vu l'esprit de ce parti, à mon sens, lors de la déconfiture de l'ADQ qui n'a réussi à faire réélire que 7 députés, incluant son chef. L'essence du message de la chef de Québec Solidaire, Madame Françoise David, elle-même non élue soit-dit en passant, était que si le principal parti d'opposition est presque disparu de la carte électorale, c'est un bon débarras! Ce que l'on retient de son commentaire le soir de l'élection du 8 décembre 2008, c'est le message suivant: Si vous ne pensez pas comme nous, vous ne méritez pas d'exister. Les 2 grands partis restants n'ont pas eu cette arrogance et ont reconnu avec empathie, la contribution de Mario Dumont, chef sortant de l'ADQ, à la politique québécoise. Ses idées fûrent d'ailleurs souvent récupérées par les autres partis.

Et on peut se demander que serait l'exercice d'une démocratie sans la juste représentation des options parfois contradictoires, lesquelles existent dans la population (plus conservatrices, plus libérales, etc.). Et surtout, que serait un Québec devenu souverain, sous le parti de Madame David? Chef de parti non élue, elle n'a même pas eu la réserve et la prudence d'une organisation fragile, qui vient à peine de faire élire son premier député. Or, si l'on manque de jugement dans les petites choses, que fera-t-on dans les grandes?

Pour en revenir à la récupération politique anti-Bush faite du célèbre lancer du soulier, par le député Solidaire, il faut y voir une attitude loin d'être banale. Faut-il se rappeler que l'entartage dans un contexte particulier (lancer ou aplatir une tarte à la face de quelqu'un en guise de provocation ou protestation) a déjà été reconnu chez nous comme une agression, et donc de fait, pratique interdite par la loi. Imaginez le lancer du soulier à la face de quelqu'un. Le lancer du soulier sur une photographie est une incitation à le faire sur un véritable élu, comme le serait tout autre acte publique dégradant envers une photographie d'une personne.

Le député Khadir va-t-il bientôt récupérer des pratiques comme, au marché (supermarché, centres commerciaux), cracher au sens littéral sur ceux qui auraient des convictions différentes de la sienne? Après tout, cela se fait déjà contre les chrétiens dans certains pays d' Afrique, du bassin méditerranéen et ailleurs. Allons-nous commencer à se faire justice soi-même contre nos élus? Allons-nous lyncher nous-mêmes sur la place publique, les présumés pédophiles ou récidivistes de l'alcool au volant? Ou encore, le parti Québec Solidaire, brûlera-t_il des drapeaux du Canada? C'est une pente très, très glissante et nous aurions tout intérêt à conserver nos souliers à nos pieds, afin de ne pas y déraper.

Mais il faut aller aussi beaucoup plus loin. Il faut voir dans l'approbation de l'agression du journaliste irakien, j'en suis convaincu, les tendances émergeantes à se faire justice soi-même ou à manifester de façon violente, dans le contexte d'un multi-culturalisme qui se confirme comme non mature. Le chef-sortant de l'ADQ, Mario Dumont, avait-il bien vu? Un élu comme Monsieur Khadir devrait montrer une maturité et un contrôle de soi exemplaires pour l'unité du Québec. Oui, oui, je dis bien l'unité du Québec, car le "sirop d'érable", ça peut bouillir aussi. Il fait exactement le contraire.

Si nous voulons éviter une généralisation de cette attitude (les attitudes engendrent des actes), nos gouvernements doivent se montrer proactifs et accélérer et faciliter l'accès à la justice et au traitement équitable et égal de nos nouveaux arrivants ET pour nos citoyens de plusieurs générations. Car l'à-plat-ventrisme de la discrimination positive (favoriser un groupe au détriment d'un autre) serait tout aussi injuste que l'autre.

Soyez assurés que si l'adaptation proactive à la nouvelle réalité ne se fait pas, ce ne seront plus seulement des souliers qui voleront, mais nous verrons la montée de tensions importantes entre différentes communautés, incluant l'immigration des conflits avec ceux qui immigrent, ou la répétition des manifestations chaotiques et violentes comme celle de Montréal Nord, le 10 août dernier, ou une multiplication d'actes auto-justiciers par des groupes frustrés, voire même des pratiques underground de lois parallèles dans des communautés de nouveaux arrivants, sans oublier la désolidarisation face aux décisions des élus.

La dernière guerre en Irak, aussi contestable soit-elle, a été décrétée et poursuivie sous deux partis canadiens élus (libéraux et conservateurs). Si la démocratie ne fonctionne plus, par quoi la remplacera-t-on? Car il y aura toujours un groupe dévaforable à une politique quelconque d'un parti élu, serait-ce le vôtre dans 20 ans, Monsieur Khadir. Nos désaccords doivent s'exprimer avec maturité et maîtrise de soi et par des voies légales. Si nous agissons autrement (endossant les symboles violents alors que nous dénonçons la violence et la guerre...) quelqu'un pourrait bien demander un jour: «Montréal brûle-t-il?».

Pensée pour les Amir Khadir du monde entier : Il y a deux façons de mentir au monde: la première est de dire volontairement un mensonge et la seconde, de taire une vérité.